Un mémorial de la bataille de Verdun

Le Mémorial de Verdun est créé en 1967 à l’emplacement de la gare de Fleury-devant-Douaumont à l’initiative du Comité National du Souvenir de Verdun et de son président Maurice Genevoix.

DSC05717DSC05723DSC05726

Ancré au cœur du champ de bataille sur les lieux des combats de la Grande Guerre, le Mémorial de Verdun est un lieu majeur d’histoire et de mémoire, qui propose une immersion dans la bataille de Verdun à travers la figure du combattant qu’il soit français ou allemand.

DSC05727DSC05732DSC05741DSC05744

Fermé depuis septembre 2013 pour des travaux de rénovation et d’agrandissement, il a rouvert ses portes en février 2016 et propose une nouvelle scénographie. Le nouveau parcours se déploie sur trois niveaux au fil d’un parcours de découverte.

DSC05748DSC05754DSC05757

Créé en 1967, sous l’égide de l’Académicien et Ancien Combattant Maurice Genevoix, il compte parmi les principaux musées européens de la Grande Guerre.

DSC05763DSC05764DSC05766DSC05773

Près de 2000 objets de collection, une multitude de photos souvent inédites, des témoignages français et allemands et des dispositifs audiovisuels exceptionnels se mêlent dans un parcours de visite totalement renouvelé, pédagogique et empreint d’émotions, afin d’évoquer l’expérience combattante de ces hommes venus de toute parts.

DSC05783DSC05792DSC05801DSC05807DSC05810DSC05779

Dès l’entrée, le visiteur est invité à situer la bataille de Verdun dans le temps et l’histoire, puis à mettre ses pas dans ceux d’un soldat qui part vers les premières lignes. Au cœur de la visite, un spectacle audiovisuel de 100m2 évoque l’expérience combattante dramatique de ces hommes sur un champ de bataille dévasté, tandis qu’une crypte permet d’entrer dans l’intimité fragile d’un soldat exposé au feu des canons.

DSC05852DSC05853DSC05861DSC05865DSC05868

Le second niveau laisse découvrir aviateurs, artilleurs, états-majors qui prennent part à la bataille ainsi que la vie en Meuse aux arrières immédiats du front où les médecins travaillent sans répit. Le quotidien en France et en Allemagne est mis en scène au travers du regard des soldats en permission tandis qu’un film raconte la construction de la mémoire de la bataille de Verdun.

DSC05812DSC05838DSC05851

Au dernier niveau de visite, entièrement ajouté en 2015, les murs du Mémorial s’ouvrent sur le paysage environnant. Le champ de bataille se contemple et s’apprivoise à l’aide de bornes interactives, aux côtés d’un espace d’exposition temporaire, d’un centre de documentation, d’un lieu de détente et d’une salle pédagogique.

DSC05872DSC05876DSC05881DSC05882DSC05886

Fernand Ducom, ancien combattant et premier conservateur du Mémorial, précise le 7 octobre 1966 : « Il manquait au secteur de Verdun, à côté de ses forts et de ses cimetières, un endroit où la bataille pût être reconstituée et expliquée ».

DSC05893DSC05896

Le mémorial de Verdun est inauguré le 17 septembre 1967 en présence d’Henri Duvillard, ministre des Anciens combattants.

DSC05907DSC05910DSC05912

« Ce Mémorial a été édifié par les survivants de Verdun, en souvenir de leurs camarades tombés dans la bataille pour que ceux qui viennent se recueillir et méditer aux lieux mêmes de leur sacrifice, comprennent l’idéal et la foi qui les ont inspirés et soutenus » — Maurice Genevoix.

DSC05921DSC05926DSC05931DSC05933

Un mémorial de la bataille de Verdun ? Pourquoi ? Parce que les survivants, bien au-delà de leur propre personne, veulent perpétuer le souvenir de tous ceux qui sont tombés, de Souville au Mort-Homme, du Bois des Caures à Douaumont. Parce qu’ils veulent commémorer une bataille qui a marqué un tournant décisif de la longue histoire des hommes. Parce qu’ils souhaitent que les hommes de demain, venant se recueillir au lieu même de leur sacrifice, comprennent l’idéal et la foi qui les ont inspirés et soutenus.

DSC05936DSC05945

Une guerre devenue totale. La bataille de Verdun s’inscrit dans un conflit dont les dimensions stupéfient déjà ses contemporains. C’est bien la « Grande guerre » : grande par le nombre de pays engagés, grande par les sacrifices des civils et des militaires. Dix millions de soldats sont morts au combat entre 1914 et 1918.

DSC05948DSC05952DSC05955DSC05967

De différend localisé, le conflit s’étend à grande vitesse en Europe et dans le monde par le jeu des alliances entre les puissances coloniales. Chaque nation justifie son entrée en guerre par la menace d’agression qu’elle perçoit. L’Allemagne se sent prise en étau entre la Russie et la France. Pour attaquer la France, elle viole la neutralité belge, ce qui décide la Grande-Bretagne à soutenir la France. Celle-ci résiste : l’espoir d’une guerre courte disparaît. L’équilibre relatif des forces conduit à une interminable guerre de tranchées sur le front ouest. La guerre se transforme en une guerre totale où la puissance des armes engagées et des ressources de chaque pays deviennent décisives.

DSC05901DSC05902DSC05971

De 1914 à 1918 : la guerre omniprésente à Verdun. Alors que la bataille de la Marne (5-12 septembre 1914) stoppe l’avancée allemande vers Paris, la place fortifiée de Verdun devient le pivot Est du dispositif militaire français. Attaquée fin septembre, elle résiste mais se trouve enserrée sur trois côtés par l’armée allemande. La guerre de position fait rage en 1915 au sud et à l’ouest de Verdun : les soldats creusent des sapes et déposent des charges explosives sous les lignes adverses. Ces combats sans fin sont occultés par la « bataille de Verdun » en 1916. L’armée allemande veut s’emparer de la place forte pour réduire le saillant de Verdun et porter un coup décisif à l’armée française, déjà très affaiblie par les pertes d’un an et demi de guerre. Elle lance une offensive sans précédent le 21 février 1916. La résistance française est opiniâtre, mais elle ne parvient pas à reprendre les forts perdus de la rive droite qu’à la fin de l’année 1916. Les opérations de reconquête se poursuivent en 1917. Pourtant, seules les opérations franco-américaines de septembre 1918 permettent de repousser les troupes allemandes et de desserrer leur étau. Un mois plus tard, leur résistance s’effondre. L’armistice signé le 11 novembre clôt cinquante-deux mois de guerre en Meuse.

DSC05976DSC05977DSC05981

 

Publié dans artillerie lourde, la Grande Guerre, mémorial de Verdun, Verdun; la Grande Guerre | Laisser un commentaire

Esnes-en-Argonne, la côte 304 et le Mort-Homme

DSC04951DSC04956Nécropole nationale d’Esnes-en-Argonne : Ce cimetière militaire français de 3,4 ha abrite les dépouilles de 6 661 soldats français pendant la Première Guerre mondiale, 3 661 reposent dans des tombes individuelles et 3 000 dans deux ossuaires. Dans le premier ossuaire reposent les soldats morts pour la France des régions de Béthelainville, Avocourt, Sivry-la-Perche, Côte 304, Esnes et Montzéville, dans le deuxième ossuaire reposent les soldats des régions Béthincourt, Bois-des-Forges, Cumières, Mort-Homme, Chattancourt et Malancourt.

Le monument de la cote 304. Ce monument de la Première Guerre mondiale, sous la forme d’une haute borne quadrangulaire, a été érigé à la mémoire des unités ayant combattu pour la prise de cette position. Le nom des différentes unités sont gravés sur le monument. Il a été inauguré le 14 juin 1934 par Philippe Pétain.

DSC04960DSC04969

Le 14 juin 1940, durant la bataille de France, François Mitterrand, futur président de la République française, alors sergent-chef au 23e régiment d’infanterie coloniale, est blessé à la Cote 304 et soigné au village d’Esnes. Le 22 septembre 1984, lors d’une des rencontres entre Mitterrand et Kohl, les deux chefs d’État visitent Esnes-en-Argonne. À la suite de cela, le 6 juin 1985, le conseil municipal fait Mitterrand citoyen d’honneur d’Esnes-en-Argonne.

Côte 304 – Fortement ralentis sur la rive droite de la Meuse par les tirs puissants et précis de l’artillerie française de la rive gauche, les Allemands changent leur stratégie d’attaque. Ils décident d’étendre leur offensive à l’ouest de Verdun. Le Kronprinz Impérial avait pourtant suggéré à von FALKENHAYN d’attaquer sur les deux rives dès le début de l’opération mais ce dernier refusa pour ne pas diviser ses moyens. La cote 304 et le Mort-Homme seront attaqués simultanément.

DSC04976DSC04981

Le général von GALLWITZ prend le commandement des unités chargées de cette offensive. Les Allemands amènent du matériel spécial et des troupes fraiches pour cette bataille. Du côté français, cela fait un moment que PÉTAIN s’attend à cet affrontement et quelques régiments ont été mis en réserve pour l’occasion. L’attaque démarre le 6 mars, par une forte préparation d’artillerie. Toute la crête du Mort-Homme est plongée dans un nuage de fumée et de poussière. Les Allemands gagnent du terrain au prix d’énormes pertes mais ne peuvent conquérir que le sommet le plus bas du Mort-Homme. Les lignes allemandes sont toujours prises sous le feu des batteries françaises de la cote 304 et des canons de la rive gauche. Le 8 avril, une nouvelle impulsion est donnée à l’attaque allemande, principalement sur les mamelons du Mort-Homme, mais aussi sur les approches de la cote 304. Ce coup de reins leur permet de gagner un peu d’espace mais la résistance énergique des fantassins français bien appuyés par l’artillerie les empêche d’atteindre leurs objectifs. La bataille bascule constamment d’une crête à l’autre. C’est la lutte la plus dure qui se soit déroulée sur la rive gauche. Des compagnies entières sont fauchées dans chaque camp. Les provisions demeurent indisponibles pour plusieurs jours. Les blessés sont laissés à l’abandon et les morts ne sont pas enterrés. Les tirs sont considérés comme plus violents que ceux qui auront lieu sur la Somme la même année.

DSC04985DSC04987DSC04988

Un soldat français décrit l’horreur de ces bombardements : « Quand on entend au loin le sifflement des obus, le corps tout entier se crispe préventivement, se préparant à l’énorme explosion qui va arriver. Chaque nouvelle explosion est une nouvelle attaque, une nouvelle fatigue, une nouvelle affliction. Même avec des nerfs d’acier il est impossible de gérer cette pression. Le moment vient où le sang pulse à la tête, la fièvre envahit le corps tout entier, les membres sont engourdis, les nerfs sans réaction sont incapables de faire quoi que ce soit… » Malgré tous leurs assauts, les Allemands échouent sur le Mort-Homme. Les Français héroïquement restent forts. Le général PÉTAIN sort dans son ordre du jour du 9 avril 1916 son fameux : « Courage ! on les aura ! ».

DSC04996

Depuis la cote 304, les Français empêchent les Allemands d’installer leurs batteries d’artillerie et les postes d’observation sur le Mort-Homme. Leurs positions sont pilonnées jour et nuit. Le général von GALLWITZ réussit à convaincre son officier supérieur qu’il est inutile d’attaquer le Mort-Homme avant d’avoir, au préalable, neutralisé la cote 304. Le lendemain, commence une période de pluie qui durera 12 jours. Les troupes sont trempées et pataugent dans la boue jusqu’aux genoux. Après cet épisode pluvieux, plusieurs contre-attaques françaises repoussent les Allemands au-delà des collines du Mort-Homme. Dans le même temps, l’ennemi se prépare pour l’attaque massive contre la cote 304. Le général von GALLWITZ, officier artilleur, décide de mettre en œuvre les grands moyens pour arriver à son but. 500 obusiers lourds pointent leur gueule sur un front large d’à peine deux kilomètres.

En cette journée torride du 3 mai 1916, les Allemands déclenchent un énorme bombardement qui s’étend de la cote 304 au Mort-Homme. Il se concentre particulièrement sur la cote 304 et le ravin de la Hayette. Plus de 70 batteries déversent leurs obus sur l’artillerie française postée sur cette crête. À 15 heures, les tirs augmentent encore en puissance, notamment sur un bataillon du 90e R.I. Toutes les tranchées sont nivelées, les hommes et le matériel, pulvérisés et les ouvrages considérablement affaiblis. Les Français comptent, de nouveau, de très lourdes pertes. Contre toute attente, l’attaque d’infanterie, suspectée après un tel bombardement, n’a pas lieu. À la suite des pertes énormes, subies par les bataillons de 1ère ligne, des renforts sont prélevés des 68e R.I. et 290e R.I.

DSC04999DSC05001

Tirs de concentration sur la cote 304Le 4 mai, à 4 h 30, le pilonnage reprend avec la même intensité que la veille. Il monte encore en puissance à partir de 8 h 30 et atteint son paroxysme, vers 15 heures, où il devient insoutenable. Les 1ère et 2e lignes de la 17e division, ainsi que la cote 304, sont complètement laminées. Un nuage de fumée et de poussière très épais et très élevé recouvre toute la zone. À 15 h 30, une colonne allemande, large de trois kilomètres, venant de Gercourt et se rendant à Cuisy, est signalée. Des fusées rouges qui partent de la cote 304, demandent un tir de barrage. L’artillerie lourde du 9e C.A. se joint à l’artillerie divisionnaire pour barrer la route aux Allemands. Une heure plus tard, les tirs allemands s’allongent dans le vallon de la Hayette. Depuis la cote 310, on entend le crépitement des mitrailleuses dans le bois en éponge.

DSC05005DSC05008

Voici ce que rapporte le jmo de la 17e D.I. au sujet de cette attaque : « Dès que le tir s’est allongé, l’infanterie allemande s’est avancée en vagues, entre le boyau de la Joliette et le boyau des Serbes, dans un pli du terrain. Les tranchées de notre côté n’existent plus, presque tous les officiers et hommes sont enterrés, les mitrailleuses, les fusils brisés. La 1ère vague allemande est composée d’hommes qui vont le fusil à la bretelle, un rouleau de fil de fer dans la main gauche, une grenade dans la main droite, ils montent sur la cote 304 par le Nord. La 2e vague est composée de nettoyeurs. La défense est inhibée sur le front. Du bataillon Berthelon (droite du 68e R.I.), il n’est revenu que deux hommes. La fusillade et le feu des mitrailleuses menés par les débris des compagnies d’aile des bataillons Romary du 68e et Royné du 90e gênent sensiblement l’ennemi, le prennent de flanc, lui font subir de lourdes pertes et renoncer à élargir son cheminement vers la cote 304.(…)

Les renseignements sur la situation, à 20 heures, sont les suivants : aucune nouvelle du 68e. On dit que l’ennemi aurait pris pied au bois en Éponge. Aucune nouvelle du Btn de droite du 90e.(…) À 23 h 15, le général commandant la 17e division donne les ordres pour une contre-attaque par les trois groupements qui vont se constituer sur le front, avec beaucoup d’unités mais avec des effectifs très réduits. À droite, le lieutenant-colonel CARLIER commandant le 90e, renverra le reste du 2e bataillon du 68e, épuisé, à Esnes. Avec le 2e bataillon du 90e, il devra maintenir son front sur le Crochet et contre-attaquer, face au nord-est, dans le flanc gauche de l’ennemi. Au centre, le lieutenant-colonel EGGENSPIELER du 290e, avec le 5e bataillon du 290e agira sur le côté sud de la cote 304, face au Nord. À gauche, le lieutenant-colonel ODENT du 68e attaquera la face au nord-est. Si ces trois contre-attaques ne peuvent avoir lieu dans la nuit, en raison des tirs de barrage de l’ennemi et des retards qui en résultent dans l’arrivée des troupes, elles seront reprises simultanément par les 3 groupements et avec la dernière énergie aux premières lueurs du jour ».

DSC05013DSC05015

Le 5 mai, à droite, le 2e bataillon du 90e R.I. se maintient à la lisière est du bois de la cote 304, mais est cloué sur place par des mitrailleuses placées en partie haute du bois. À gauche, ODENT qui a récupéré des éléments du 77e R.I. et du 290e R.I. en renfort de son 68e R.I. donne, à 1 h 10, l’ordre d’attaquer. Les tranchées de la pente nord-est de la cote 304 sont reprises une à une. Au moment de dévaler la pente descendante, un violent tir de mitrailleuses et d’artillerie légère les accueille ; ODENT est alors frappé d’une balle en pleine tête. Les unités françaises doivent retraiter sous couvert du 6e bataillon du 290e R.I. qui n’a pas pris part à l’attaque. Les Allemands contre-attaquent mais sont énergiquement repoussés à coup de fusils et de mitrailleuses. Le colonel MARIANI prend le commandement des troupes postées à la cote 304 avec pour mission de tenir à tout prix cette cote ainsi que les positions le reliant avec le 290e R.I. à droite et la 18e D.I. à gauche. Au soir du 6 mai, la 152e D.I. qui doit relever la 17e D.I. arrive trop tard pour monter en ligne ce qui permet aux Allemands de consolider leurs emplacements récemment reconquis.

DSC05017

Dans la matinée du 7 mai, un violent bombardement est déclenché sur le secteur de la 152e D.I. À partir de midi, ce bombardement monte en puissance. Vers 16 heures, les vagues d’attaque allemandes déferlent sur les positions de la cote 304, sur le front du 114e R.I., dans un premier temps, puis sur celui du 125e R.I. Perforant la ligne de la 18e D.I., ils s’emparent de la presque totalité du bois Camard. Malgré la résistance des éléments du 125e R.I., les Allemands débordent leur objectif par l’Ouest et s’infiltrent dans le ravin sud. La situation devient critique pour les troupes françaises. Cependant, l’ennemi est mal soutenu par son artillerie et est repoussé par les renforts français amenés d’Esnes. Il l’est également au nord de la cote 304 ; la continuité de la ligne française est à nouveau rétablie. Dans la nuit suivante, la cote 304 est, de nouveau, attaquée et prise aux Français qui se trouvent complètement débordés. Il faudra encore trois autres jours d’un corps à corps acharné avant que les Allemands ne l’enlèvent définitivement. Ce même jour, une offensive est menée contre les positions françaises sur la rive droite de la Meuse.

DSC05018

Le 18 mai, à 3 heures du matin, le général NIVELLE lance deux opérations quasi simultanées. La première vise à reprendre les positions perdues lors de l’attaque allemande du 7 mai, à l’est de la cote 304 ; cette opération est un succès. La seconde, vers l’ouvrage 287, n’est qu’un leurre destiné à diviser les forces ennemies. Vers 16 heures, les Allemands déclenchent une contre-attaque qui est repoussée à l’est du bois d’Avocourt, devant la cote 304 et le bois Camard. Ils réussissent par contre à percer les lignes françaises sur une profondeur de près d’un kilomètre entre le bois d’Avocourt et la route Esnes-Malancourt. Toutes les tentatives françaises pour reprendre le terrain perdu, échouent.

DSC05019DSC05023

Le lendemain, à 3 h 30 du matin, une nouvelle offensive allemande est lancée, flammenwerfer en tête. À l’ouest de la cote 304, vers Pommerieux, la 1ère ligne française est enfoncée. Les Allemands ne peuvent pas exploiter cette percée qui leur aurait permis de tourner la défense française au sud de la côte 304. À 13 heures, le 3e R.M.Z. est lancé en contre-attaque avec pour objectif : l’ouvrage 15, au sud de la cote 287 et à l’ouest de Pommerieux.

La route du Mort-Homme est désormais libre. Dans ce secteur, aussi, un énorme bombardement est déclenché. Le Mort-Homme parait en éruption. Le ciel et la terre tremblent sous l’explosion de milliers d’obus. Dans chaque camp règne le chaos. Côté allemand 13 régiments restent sur la ligne de défense sans commandement ni coordination. Les Français résistent admirablement mais cèdent à la fin du mois de mai. Le Mort-Homme est finalement pris par les Allemands. Les villages de Cumières et de Chattancourt sont également pris. À l’issue de trois mois de combats ininterrompus, les bois Bourrus semblent à portée de main. Après cette bataille, les troupes françaises et allemandes sont complètement exténuées.

DSC05030DSC05031

Comme pour le Mort-Homme, les combats de la cote 304 ne cesseront pas dans ce secteur de la place de Verdun. Il faudra attendre l’offensive française du 20 août 1917 pour reprendre la cote 304. La rive gauche de la Meuse sera définitivement conquise par les Américains, lors de l’offensive Meuse-Argonne qui débutera le 26 septembre 1918.

Le 17 juin 1934, un monument élevé à la mémoire des unités ayant combattus dans ce secteur est inauguré par le maréchal PÉTAIN. Le nom de ces unités est gravé sur le mémorial. Sur la route qui mène d’Esnes-en-Argonne à la cote 304 un monument à la gloire du 173e d’infanterie est érigé. Plusieurs autre monuments ou cénotaphes sont éparpillés ça et là sur le champ de bataille.

DSC05048DSC05054

Le Kronprinz supplie Falkenhayn d’attaquer la rive gauche pour faire taire les canons français. Les Allemands attaquent autour du Mort-Homme, du côté de la rive gauche, du bois des Bourrus, du bois de Cumières et du bois des Corbeaux. Puis ils attaquent sur la rive droite autour du fort de Vaux, de la Côte du Poivre et d’Avocourt. Ce sont à chaque fois des boucheries pour les deux camps. En ces lieux, tant du côté français qu’allemand, ces hommes ont fait preuve tout à la fois de courage, de désespoir, de sacrifice et d’abnégation.

Sur ces positions, les armées françaises et allemandes sont impitoyablement usées et saignées à blanc. Nombreuses sont les unités qui doivent être entièrement reconstituées à plusieurs reprises ou qui disparaissent. Le 6 mars 1916, les Allemands pilonnent et attaquent le Mort-homme sur la rive gauche. Mais le feu français les arrête. Cette « bataille dans la bataille » va durer jusqu’au 15 mars. Au cours de ces 10 jours, le secteur est transformé en désert. Les combattants des deux bords y connaissent toutes les souffrances.

DSC05061DSC05066

Cumières-le-Mort-Homme est une commune française située dans le département de la Meuse. Il s’agit de l’une des neuf communes « mortes pour la France » à la suite de la Première Guerre mondiale qui ne comptent aucun habitant.

Au lieu-dit le-Mort-Homme le monument élevé à la mémoire des soldats de la 69e division, érigé par l’amicale des anciens de la 69e division d’infanterie. Jacques Froment-Meurice a réalisé une œuvre représentant un squelette se dégageant de son suaire. Debout, le squelette du soldat pousse un cri de victoire. Il porte sur un bras un drapeau, symbolisant la nation pour laquelle il s’est sacrifié, de l’autre bras il brandit le flambeau de la victoire. Sur le socle du monument, l’inscription « Ils n’ont pas passé », rappelle la résistance victorieuse des soldats français. Les travaux se sont déroulés du 12 juillet au 20 août 1922. L’entretien du monument a été confié au Souvenir français. À 100 m, le monument de granit dressé par les anciens de la 40e division d’infanterie.

DSC05076DSC05084

Ancien champ de bataille – Classé en zone rouge, l’ancien champ de bataille a été planté de conifères dans les années 1920. Sans cette forêt de 14 000 ha, on distingue les bords des cratères d’obus, l’emplacement des villages détruits dont rien ne subsiste. Une chapelle a été érigée en 1933 à l’endroit où se trouvait l’église avant la Grande Guerre.

Le 55e régiment d’infanterie va rester dans la commune du juin 1914 en juin 1915. Le 21 février 1916, le tonnerre des canons marque le début de la bataille de Verdun. Situé sur le secteur de Verdun, le village perdu par les troupes françaises le 8 avril 1916 et repris le 26 septembre 1918 disparaitra totalement sous l’acharnement des pilonnages des obus français et allemands.

DSC05089DSC05090

Le 6 avril 1916 décède ROUE Jean Marie, soldat du 37e RI. Le 37e RI est arrivé à Verdun, en premières lignes, le 26 mars 1916. Il relève le 121e RI dans le secteur de Béthincourt / Esnes, pour y assurer la garde du saillant très important constitué par le village de Béthincourt, au nord du ruisseau de Forges. Sa mission est de laisser le temps à la division de s’organiser sur la cote 304.

Il est ainsi sacrifié. Les allemands tentent de s’emparer de Verdun, les combats sont très violents, les bombardements terribles. Le corps de Jean Marie ne sera jamais retrouvé, comme tant de ses camarades. Le village de Béthincourt fait partie des 17 communes médaillées de la Résistance (décret du Général de Gaulle du 15/10/1945). A accueilli le PC du colonel Grandval, chef des F.F.I pour l’Est de la France, du 6 juin au 13 juillet 1944.

DSC05106DSC05108

Publié dans bicyclette, Courage, on les aura!, Général NIVELLE, Le Mort-Homme, nécropole nationale, randonnée, randonnée, Verdun; la Grande Guerre, Villes et villages remarquables | Laisser un commentaire

Papa Poydenot dégourdit ses avirons

Léonard de Vinci : le bon conseil. « Nul conseil n’est aussi sincère que celui qu’on donne sur un navire en péril ! »

DSC03510DSC03513

Victor Hugo : « L’appel ».

« J’entends le canon d’alarme sur la mer

Des matins en détresse appelant à l’aide

Dans l’ombre où la rafale aux rafales succède

Sans pilote, sans mât, sans ancre, sans abri.

Quelque vaisseau perdu jetait son dernier cri. »

DSC03514DSC03518

Andrew Carnegie (1835/1919), industriel américain fondateur d’un trust sidérurgique. Il subventionna des fondations charitables et des institutions scientifiques et culturelles. Il créa la « Fondation Carnegie » pour reconnaître, récompenser et glorifier par un diplôme individuel accompagné d’une plaquette en argent destinés aux héros civils pour un acte magnifique de dévouement et de sacrifice, notamment les sauveteurs en mer ayant accompli le plus héroïque sauvetage.

DSC03524DSC03528

La parole est à « Papa Poydenot » ! Canot de sauvetage du temps des avirons et de la voile.

Je m’appelle « Papa Poydenot » du nom de famille de généreux donateurs qui ont permis ma construction et ma naissance dans les chantiers « Augustin Normand » au Havre en 1900. Avant mon baptême, en ce lieu le 29 mars 1901, voici plus de 110 ans, j’ai participé à l’Exposition Universelle de Paris en 1900. Mon parrain est le Préfet du Finistère, Henri Collignon et ma marraine, la baronne Louise Bigeon de Pascal de Courcy, chef de cabinet du Préfet.

DSC03529DSC03534DSC03538

Je mesure hors tout 10,10 m et 2,27 m de large avec un ventre creux de 0,97 m ; mon déplacement en charge est de 3,5 tonnes. Ma colonne vertébrale, ma quille en chêne a été renforcée, de chaque côté, par des bandes de plomb et de fonte, pesant près de 300 kg permettant d’abaisser mon centre de gravité et aussi d’améliorer ma stabilité. En cas de chavirage, je me redresse spontanément en 5 secondes.

DSC03544DSC03548

Mon armement en hommes se compose de 10 canotiers en rameurs guidés et commandés par un patron tenant la barre franche et un sous-patron. Mon armement en matériel est composé de 15 avirons en frêne dont 3 en rechange, de 3,68 m à 4,27 m. Ils ne sont pas tous de la même longueur, ils sont numérotés du n°1 au n°5 de l’avant vers l’arrière, les n° 1 et 5 : 3,68 m ; les n° 2 et 4 : 3,95 m ; et les n°3 : 4,27 m. Ils ne sont pas interchangeables.

DSC03553

Ma voilure comprend 3 voiles : 1 foc de 1,74 m², 1 voile de misaine de 8,19 m² et 1 grand’voile de 6,30 m², la superficie des voiles est de 16,23 m². Je suis le type de canot de sauvetage à avirons et à voiles, insubmersible et à redressement spontané.

DSC03554DSC03559

A présent, je ne pratique plus le sauvetage, je suis trop vieux. Une autre génération de canots de sauvetage à moteurs, plus rapides est venue me remplacer. Je reste un bâtiment flottant autorisé à naviguer dans les ports et abords immédiats.

DSC03563DSC03564

On me demande souvent ce que j’ai fait dans ma vie de sauveteur autour de la pointe de Penmarch. J’ai vécu ici, à Saint-Pierre, dans cet abri et très souvent en mer dans l’exercice de mes fonctions de sauveteur, de mars 1901 à juin 1913. J’ai effectué 23 sorties, secouru 4 navires et sauvé 26 personnes.

En juin 1913, je suis muté à la station d’Etel où j’y vis jusqu’en juin 1939 et cesse toute activité dès l’arrivée du canot à moteurs le « Vice-Amiral Schwerer ». J’ai effectué 33 sorties, secourus 19 navires et sauvés 97 marins. Je fus vendu par la « Société Centrale de sauvetage des Naufragés » le 11 avril 1940 pour la somme de 2000 Frs.

DSC03569

J’ai aussi beaucoup souffert physiquement. J’ai agonisé longtemps sur une vasière du Port-Haliguen, dans le Morbihan avant que le « Centre de Découverte Maritime du Pays Bigouden » se crée en 1989 et vint à mon secours. J’ai ainsi reçu des soins rapides et intensifs des Compagnons du Chantier Pichavant de Pont-Labbé.

DSC03574

Aujourd’hui, j’apparais en bonne santé et j’ai déjà participé aux grands rassemblements des voiliers de Brest 92, Brest 96 et Brest 2000. J’ai été classé 6ème du prix spécial de la restauration au « Concours Bateaux des côtes de France » organisé par le Chasse-Marée, lors de Brest 92. J’ai eu l’honneur d’être classé parmi les monuments historiques (propriété privée) le 9 novembre 1992 par le ministère de l’Education et de la Culture.

DSC03590

Je dégourdis un peu mes avirons dans les fêtes locales du Pays Bigouden sur demande des associations qui souhaitent ma présence dans leurs ports. Parfois, je me déplace au-delà des côtes du Finistère. Je suis aujourd’hui très heureux de mon sort ; je passe une agréable retraite à l’abri des intempéries sur mon chariot de mise à l’eau et de transport de 800 kg réalisé par le chantier naval Canevet de Saint-Guénolé.

DSC03595

DSC03540

Publié dans Bretagne - histoire, canot de sauvetage, Finistère, nautisme, Pays Bigouden, Penmarc'h, randonnée, randonnée, sauvetage en mer, Villes et villages remarquables, Voyages | Laisser un commentaire

Huelgoat, une forêt légendaire

Berceau de nombreuses légendes celtes, la FORET d’HUELGOAT garde intacte, en son univers tourmenté entre cours d’eau et étranges blocs granitiques, la mémoire du temps… Et si vous demandez aux habitants d’Huelgoat où se trouve leur jardin ils vous répondront probablement « dans la forêt ».

DSC02543DSC02547DSC02552

Derrière les majestueux blocs de granit qui en gardent l’entrée, les arbres tutoient les rochers, symbiose des éléments et des couleurs. Au pied des hêtres et des chênes centenaires, une cascade de pierres: c’est le chaos.

DSC02558DSC02562DSC02572DSC02577

Ici personne ne sait vraiment d’où viennent les rochers mais selon l’une des légendes d’Huelgoat, le chaos serait l’œuvre d’un géant. Tous ceux qui en ont sillonné les sentiers vous le diront: il y a quelque chose d’enchanté dans ces bois. A la tombée du jour les fées et les korrigans reprennent leurs droits dans la forêt et peut-être les croiserez-vous… Avec un soupçon d’imagination.

DSC02587DSC02591DSC02597DSC02607

Une forêt légendaire – Le Moulin du Chaos, la Grotte du Diable, la Roche Tremblante, le Camp d’Artus… autant de sites de la forêt d’Huelgoat à découvrir ! Cette forêt vaut le détour, on ne le regretta pas !

DSC02613DSC02617DSC02623DSC02627

Huelgoat, une forêt domaniale exceptionnelle et magique – Nichée au cœur des Monts d’Arrée et du Parc naturel régional d’Armorique, la commune d’Huelgoat (en breton « le bois d’en-haut »), bordée par un étang de 15 hectares et à la lisière d’une forêt domaniale de près de 1000 hectares, recèle de nombreux mystères liés à son environnement naturel, forgé patiemment par la nature au cours des siècles.

DSC02632DSC02637DSC02642DSC02648

Ce qui suscite à la fois l’admiration et l’étonnement du visiteur à son arrivée à Huelgoat, c’est ce magnifique chaos d’énormes blocs rocheux qui depuis la sortie du lac jusqu’au-delà du Gouffre, suit la Rivière d’Argent à travers la forêt.

DSC02653DSC02658DSC02662DSC02663DSC02678

Ces roches se seraient formées dans les profondeurs de la Terre, sous forme de masses liquides en fusion et se seraient rapprochés de la croûte terrestre. L’érosion les aurait découvertes au fil du temps ; certaines auraient dévalés les pentes, s’arrêtant les unes contre les autres, dans un amas géant.

DSC02682DSC02687DSC02693DSC02703DSC02713

Berceau de légendes & mystère – La légende dit que…

Gargantua s’arrêta un jour à Huelgoat, tenaillé par la faim, demandant à manger aux habitants. Ceux-ci ne lui donnèrent qu’une mauvaise bouillie de blé noir. Déçu et furieux, il jura qu’il se vengerait. Arrivé dans le Léon, pays plus riche, il put satisfaire sa faim. Et, se promenant le long des côtes, il prit dans ses mains les gros blocs de rochers arrondis par la mer et les lança par-dessus les Monts d’Arrée. Ils tombèrent au Huelgoat le long de la Rivière d’Argent et dans toute la forêt. Un rocher témoigne de son passage…

DSC02728DSC02737DSC02744DSC02745DSC02749

Hêtres, chênes, châtaigniers sont les espèces dominantes de cette forêt. Mousses et fougères profitent d’une humidité très importante, certaines variétés sont exceptionnelles en Europe.

DSC02755DSC02759DSC02763DSC02764

Toujours est-il que l’on peut voir de bien étranges curiosités géologiques : la roche tremblante, la grotte d’Artus qui ressemble à une caverne, le gouffre et son impressionnante cascade d’eau qui déferle avec une puissance énorme pour se perdre sous la terre, la grotte du diable, le champignon, le ménage de la vierge, la mare aux sangliers, la mare aux fées, le camp d’Artus…

DSC02765DSC02768DSC02774DSC02789

Publié dans Bretagne - histoire, Finistère, Huelgoat, le Cygne, nature, randonnée, randonnée, Villes et villages remarquables, Voyages | Laisser un commentaire

L’île Besnard à St Coulomb

L’Ile Besnard à Saint-Coulomb est la propriété du Département d’Ille-et-Vilaine, qui gère et entretient ce site. Tel un pilier, l’Ile Besnard se dresse à l’entrée du havre de Rothéneuf avec, érigé sur son sommet, un ancien sémaphore affecté au Conservatoire de l’espace littoral par l’Etat. Mais ce n’est pas une île. Elle est rattachée à la côte par une langue de sable appelée tombolo, constituée par les dunes des Chevrets.

DSC02062DSC02067DSC02074

Au nord, face à l’île Besnard, se trouvent deux îlots, le Petit Chevret et le Grand Chevret. On peut y apercevoir cormoran huppé, sternes et goélands… mais ça, c’est une autre histoire !

DSC02079DSC02086DSC02087

La plage des Chevrets de Saint-Coulomb se situe au niveau du hameau de Guimorais au nord du havre du Lupin. L’environnement de cette plage est exceptionnel avec sur la gauche l’Ile Besnard qui est reliée à la pointe du Meinga par une immense plage de sable bordée par les dunes des Chevrets. On a également une vue sur les ilots du Petit et du Grand Chevret que l’on peut rejoindre à pied à marée basse.

DSC02090DSC02102DSC02111DSC02123

Sur la partie centrale de cette plage, on trouve un important camping ainsi qu’un restaurant en front de mer. En été, cette plage est surveillée et est équipée pour les personnes à mobilité réduite (fauteuil hippocampe).

DSC02142DSC02147DSC02154DSC02159

Rothéneuf est un quartier au nord-est de la ville de Saint-Malo et une ancienne commune d’Ille-et-Vilaine. Le havre de Rothéneuf, grand havre naturel; Le Lupin et sa malouinière, situés dans la partie Sud, au fond du havre.

DSC02166DSC02175DSC02179DSC02183DSC02191

Le havre de Rothéneuf est une anse de France fermée au nord par l’île Besnard et son tombolo et à l’ouest par la pointe de Rothéneuf, en Bretagne. Il communique avec la Manche par un étroit goulet et s’assèche complètement à marée basse. Il abrite désormais des bateaux de plaisance et sert à la mise à l’eau des petits catamarans et kayaks de mer.

DSC02203DSC02211DSC02218DSC02235

Sa plage, dite plage du Port de Rothéneuf, est accessible aux confins du quartier de Rothéneuf (Saint-Malo). Le Havre de Rothéneuf tirerait son nom d’une illustre famille, les Rothéneuf, une famille de corsaires qui y abritait leurs bateaux. Sur la commune de Saint-Coulomb, il porte le nom de Havre du Lupin, d’après le nom de la malouinière du Lupin dominant la côte sur sa partie sud.

DSC02239DSC02242DSC02243DSC02254DSC02262

Au fond de cette anse, on peut deviner les ruines d’un ancien moulin à marée, le seul avec le moulin de Roche good sur le Frémur à Saint Briac sur le littoral d’Ille-et-Vilaine (les autres étant tous situés le long de la Rance). Exploité jusqu’en 1899, il n’en subsiste aujourd’hui que l’amorce de la digue. Il pourrait avoir été le plus ancien de la Bretagne puisqu’il est cité dans des actes datés de 1180. Sa particularité était d’être un moulin à cage de bois, à deux roues, adossé à une digue de pierre, qui profitait du fort marnage de cette vaste anse.

DSC02263DSC02270DSC02275DSC02282DSC02287

À proximité de l’île Besnard, gérée par le Conservatoire du littoral1, on peut observer sur les grèves, le long du tombolo des Chevrets, des touffes d’herbus constitués de salicornes, d’obiones, d’atriplex et autres végétations caractéristiques des pré-salés.

DSC02295DSC02306DSC02315DSC02319

La slikke, zone de vase nue recouverte à chaque marée, héberge de nombreux mollusques et invertébrés qui servent de nourriture aux échassiers (courlis, aigrettes, gravelots, etc.) et aux oiseaux limicoles (bernaches, tadornes de Belon, etc.). Ils sont faciles à observer à la période des migrations. Pendant les grandes marées, le fort marnage permet la pêche à pied. De nombreux pêcheurs arpentent sable et rochers à la recherche de lançons, étrilles, tourteaux et petits homards.

DSC02331DSC02334DSC02339DSC02343

Publié dans nature, nautisme, parapente, randonnée, Rothéneuf, Saint-Malo, Villes et villages remarquables, Voyages | Laisser un commentaire

Un vallon luxuriant : le Stang-Alar et son Samu des arbres

À en croire l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) de Gland, en Suisse, et « Red List of Threatened Plants », les jardins botaniques et leurs serres, refuges pour plantes en danger, ne risquent pas de chômer dans un avenir proche. Ces deux derniers siècles, 77 espèces d’arbres se sont définitivement éteintes, 18 ne survivent plus qu’en culture, 976 sont dans une situation critique, et le sort de 1319 autres commence à être sérieusement préoccupant.

DSC00970DSC00980DSC00981

Voilà pourquoi, dans les serres et les jardins du Stang-Alar, Ruizia cordata, Limonium dendroides, Dombeya mauritiana et Zelkova sicula font l’objet de tous les soins de l’équipe de Jean-Yves Lesouef. Les botanistes brestois prouvent, jour après jour, que l’on peut sauver, puis conserver ces espèces, sous forme d’arbres ou de graines réfrigérées, dans des conditions économiques acceptables.

DSC00986DSC00990

Ces quatre pensionnaires d’outre-mer, qui n’ont rien de très spectaculaire, sont tous originaires d’îles où ils poussaient à l’état endémique, c’est-à-dire qu’on n’en trouvait nulle part ailleurs de semblables. Avant que l’homme, ses chèvres et ses moutons n’abordent ces oasis isolées au milieu des déserts océaniques, ils s’y développaient sans problème dans la niche écologique qu’ils avaient conquise, il y a des centaines de milliers d’années. Mais un arbre est, par définition, incapable de se déplacer. Il subit donc de plein fouet la concurrence territoriale de l’homme, cultivateur et donc défricheur, ainsi que des animaux domestiques herbivores. In fine, seuls les spécimens qui poussaient dans des lieux peu intéressants pour la culture ou inaccessibles aux chèvres, comme certains vallons étroits et reculés ou corniches de falaise, ont donc survécu à la colonisation humaine.

DSC01106

DSC00996DSC01000

Véritable musée vert de 40 hectares, le Vallon du Stang-Alar est un espace de nature se déroulant le long de la rivière séparant Brest de Guipavas. Situé sur la commune de Guipavas, à deux pas d’Océanopolis et du Port de Plaisance du Moulin Blanc, il constitue pour les habitants un havre de détente et de découverte avec aires de jeux pour les enfants, parcours sportifs et plusieurs kilomètres de promenades.

DSC01007DSC01011

A l’origine, l’exploitation de carrières a beaucoup modifié le site qui fut par la suite longtemps utilisé pour alimenter Brest en eau. Il a été oublié au profit de l’Elorn à la fin 19e siècle. Laissé à l’abandon, le Stang-Alar devient un dépotoir. A partir de 1971, grâce aux efforts des associations riveraines, soutenues par les institutions et plus particulièrement la Communauté Urbaine de Brest, le Vallon renaît. En 1975, l’idée d’un conservatoire botanique « pour les plantes menacées » voit le jour. Au début des années 80, les travaux, financés par la Brest métropole, commencent.

DSC01012DSC01017

Aujourd’hui entièrement réaménagé, le Vallon du Stang-Alar abrite désormais l’un des plus prestigieux conservatoires botaniques au monde, le Conservatoire botanique national de Brest.

DSC01022DSC01026

Véritable poumon vert aux portes de la ville de Brest, au cœur du vallon du Stang Alar et à deux pas du port de plaisance du moulin blanc, le jardin du Conservatoire botanique national, créé en 1975, est dédié à la préservation des plantes sauvages menacées de disparition.

DSC01036DSC01059

Avec près de 1800 espèces menacées en culture et en banque de graines, Brest accueille ainsi l’une des 3 collections les plus importantes au monde de plantes en danger, et beaucoup d’entre elles doivent leur survie à l’action du Conservatoire botanique.

DSC01037DSC01041DSC01045

Cet ensemble unique en France, avec la plus forte concentration de plantes en voie de disparition en serres tropicales, est visité chaque année par 350 000 personnes. Ses 30 hectares offrent un havre de paix pour la détente et le plaisir des sens.

DSC01060DSC01070

Depuis juillet 2000, le chemin qui traverse le Stang-Alar est prolongé par un sentier piéton qui permet aux promeneurs de rejoindre facilement le port de plaisance du Moulin Blanc et Océanopolis. Le Conservatoire Botanique National et le front de mer sont peu à peu aménagés pour créer une transition entre le monde terrestre et maritime. Les Brestois et tous les promeneurs disposent ainsi d’un remarquable réseau de chemins pédestres de plusieurs kilomètres leur permettant de profiter, en toute tranquillité, des sites parmi les plus attractifs de la ville.

DSC01074DSC01084

Autrefois, l’eau du ruisseau du Stang-Alar était si pure qu’elle fut utilisée jusqu’à la fin du XIXème siècle pour alimenter Brest en eau potable. À cette époque, le vallon était fort apprécié des Brestois comme terrain de jeu et de promenade. Après la seconde guerre mondiale, une carrière s’installe dans la vallée et creuse ses flancs jusqu’en 1966. Puis, abandonné par les exploitants, le site dévasté subit les derniers outrages en servant de décharge.

DSC01085DSC01096DSC01100

En 1971, la Communauté Urbaine de Brest rachète les terrains et envisage d’y établir le premier espace vert communautaire. À cette époque, Jean-Yves Lesouëf, mandaté par le Ministère de l’environnement et la Société pour l’étude et la protection de la nature en Bretagne cherche un site pour créer un jardin destiné à sauver les plantes menacées de destruction.

DSC01131DSC01120DSC01105

Les travaux d’aménagement commencent en 1977, 35000 m3 de terre végétale sont récupérés pour aménager des massifs, les chemins sont dessinée, le ruisseau est modifié pour présenter une succession d’étangs et de cascades, et les bâtiments sortent peu à peu de terre. Aujourd’hui cet espace vert, situé à cheval entre les communes de Brest et de Guipavas, comprend 17 hectares de parc public et les 22 hectares du Conservatoire botanique.

DSC01135DSC01140DSC01150

Publié dans Brest, Finistère, nature, randonnée, randonnée, Villes et villages remarquables, Voyages | Laisser un commentaire

L’iode en Iroise et au Conquet

La tradition du goémon en Iroise – Les rivages de la mer d’Iroise sont riches en algues de différentes espèces, en particulier entre Porspoder et Plougonvelin et dans l’archipel de Molène. Cela a permis le développement d’une « civilisation du goémon » qui perdure jusqu’à nos jours. Si les fours à goémon se sont éteints dans les années 1950, l’activité goémonière a trouvé un second souffle.

DSC00475DSC00480

Les multiples usages du goémon – Les algues ont de tout temps été récoltées en Iroise :

goémon d’épave (algues détachées des rochers lors de tempêtes et venant s’échouer),

goémon de rive (espèces récoltées à marée basse à l’aide d’une faucille) ou

goémon de fond (laminaires dont la récolte se fait en bateau ou parfois à marée très basse).

Durant des siècles, le goémon a servi d’engrais dans les champs.

DSC00485DSC00496

A partir du 17ème siècle et jusqu’à la Révolution, les verriers utilisent les cendres de goémon, qui contiennent du carbonate de sodium (soude), pour la fabrication du verre.

Dans la première moitié du 19ème siècle, les chimistes découvrent la richesse en iode des cendres des laminaires. A cette époque, l’iode est utilisée en photographie et en médecine. A partir de 1815, des usines d’iode voient le jour sur le littoral de l’Iroise. Le besoin de matière première augmentant, la récolte des laminaires se développe pour la production des « pains de soude ». Une véritable économie se met en place autour de cette récolte jusqu’aux années 1950.

DSC00501DSC00502DSC00511

Les usines d’iode. L’ancienne usine d’extraction d’iode dite “Tissier”, fondée au Conquet en 1829, est encore visible aujourd’hui mais elle est transformée en bâtiment d’habitation. Il n’y a plus aucune trace de son ancienne fonction.

Des patrimoines fragiles, à préserver et à valoriser. Les daviers, les fours à goémon, les murs à sécher le goémon, les usines d’iode sont autant d’héritages maritimes qui parsèment les littoraux et les îles de l’Iroise, particulièrement de Porspoder à Plougonvelin, mais aussi à Molène et Sein. Ces patrimoines sont particulièrement fragiles.

DSC00516DSC00522DSC00527

La Révolution française – L’ancien village du Conquet a été créé sur le territoire de Lochrist en 1790 après le démembrement de l’ancienne paroisse de Plougonvelin.

DSC00532DSC00536DSC00537

Le XIXe siècle.

François Tissier, né en 1803, arrivé au Conquet vers 1829, chimiste, fit fortune en devenant directeur d’une usine de fabrication et de commercialisation d’iode, l’usine de Poulconq, et fut maire du Conquet entre 1870 et 1873. Il fit construire une vaste demeure dénommée « château de Penhep », du nom d’un manoir qui se trouvait précédemment à son emplacement. Le Conquet est devenu chef-lieu paroissial en 1857, au détriment de Lochrist, qui dépendait autrefois de l’évêché de Léon.

Le bourg fut relié à Brest de 1903 à 1932 par une ligne de chemin de fer secondaire à voie métrique, le Tramway de Brest au Conquet.

DSC00542DSC00546DSC00551

Jacques-François Thomas, dit ‘’Locrouan’’, un marchand de porc du Conquet, fut retrouvé assassiné dans un champ isolé à Trémeur en Plougonvelin, victime d’une terrible blessure à la tête. Son cousin, Goulven Hélégoët, fut accusé de l’avoir assassiné en le frappant avec un soc de charrue afin de lui voler 900 francs. Le 11 avril 1859, la Cour d’assises du Finistère le condamne à mort et il est guillotiné publiquement le 4 juin 1859 à Quimper.

DSC00562DSC00566DSC00567

La première usine d’iode de France ouvre ici en 1829. L’industrie goémonière vient de naître ; Le Conquet devient sa capitale.

La découverte de l’iode – Quand Bernard Courtois, chimiste de Napoléon découvre l’iode en 1812, personne ne se doute que son invention bouleversera la vie du Nord-Finistère. François Tissier, un scientifique lyonnais relève le défi de sa production industrielle.

Le varec’h de l’espoir – Une petite industrie de cendres de varec’h existe déjà au Conquet. François Tissier s’y installe, reprend cette activité, aménage les ateliers et lance une importante production d’iode que les pharmaciens transforment en teinture d’iode, l’antiseptique universel bien connu des militaires et des écoliers pendant plus d’un siècle et demi.

DSC00572DSC00586

La ruée vers l’or brun – Trois usines fleurissent au Conquet, une vingtaine sur la côte. Toute une activité maritime se développe autour d’elles : depuis le Pays de Galles, les voiliers puis les petits vapeurs les ravitaillent en charbon tandis que les gabares de Lampaul-Plouarzel, du Conquet et de Molène acheminent l’iode vers les entrepôts du port de Brest.

DSC00587DSC00592

La seule famille Tissier emploie trente-cinq ouvriers et fait vivre des centaines de familles de goémoniers.

La fin d’une aventure – Dès le début du XXème siècle l’iode chilien concurrence la production finistérienne. Petit à petit, les Bretons perdent du terrain. En 1955, les successeurs de François Tissier doivent fermer définitivement l’usine.

DSC00597DSC00603

De l’algue à l’iode – Les algues étaient récoltées à quelques encablures de la côte. Ramenées à terre, elles étaient séchées puis brûlées dans les fours à goémon. En refroidissant, leurs cendres se solidifiaient et formaient des pains de soude, dont on extrayait divers produits chimiques dont l’iode.

DSC00608DSC00609

La migration des oiseaux. Le changement de saison provoquant une raréfaction des ressources, oblige certains oiseaux à parcourir parfois des milliers de kilomètres pour se rendre vers des lieux où la nourriture est plus abondante : ce sont les oiseaux migrateurs. La migration constitue un déplacement régulier d’une aire de reproduction estivale à une aire d’hivernage en automne et de sens contraire au printemps.

La ria du Conquet est ainsi située dans un couloir de migration. Elle constitue une étape à mi-chemin entre la nidification du Nord de l’Europe et l’hivernage en Afrique de l’Ouest. De ce fait, la zone représente un intérêt pour les oiseaux puisqu’elle leur assure alimentation, abri, repos et vue dégagée sur les prédateurs.

DSC00612DSC00613

Publié dans Aber, Bretagne - histoire, Estuaire breton, Finistère, Le Conquet, nature, randonnée, randonnée, Ria, Villes et villages remarquables, Voyages | Laisser un commentaire