Histoire de la Bretagne: Du royaume au duché, part 1 = 830 – 939

L’histoire a trop tendance à être subjective. On peut dénoncer cette situation; les faits et les écrits sont interprétés différemment selon son courant de pensée et sa sensibilité. L’histoire de Bretagne n’échappe pas à cette règle. Pendant très longtemps, elle a souffert de la négation et de l’interdiction d’un Etat jacobin qui ne pouvait accepter ou imaginer une histoire autre qu’une histoire officielle nettoyée de toute impureté et imperfection. A l’heure où l’histoire, trop longtemps brimée, rejaillit dans une Europe élargie, il est bon de redonner aux faits leur juste place et leurs vraies dimensions. Par prudence, je m’appuie sur quatre sources indépendantes pour vous proposer les synthèses de l’histoire de la Région où je vis depuis 42 ans.

De 830 à 1789, on distingue trois grandes périodes:

A) naissance du royaume de Bretagne: 830 – 1119 (les rois de Bretagne: Nominoë +851, Erispoé +857, Alain le Grand +907, Alain Barbetorte +952)

B) les ducs de Bretagne: 1119 – 1364 (les ducs de Bretagne: Alain Fergent +1119, Konan III +1148, Konan IV +1166, Arthur Ier +1203, Jean Ier Le Roux +1286, Jean II +1305, Jean III +1341)

C) de Jean de Montfort à la Révolution: 1364 – 1789

Louis le Pieux, dit le Débonnaire - 810-840

Aujourd’hui, je vais tenter de présenter : Du royaume au duché, part 1 = 830 – 939

En 831, Louis le Pieux dit « le Débonnaire », fils de Charlemagne, né en 778, empereur d’Occident de 814 à 840, nomme un chef breton, noble originaire du Poher (Carhaix), Nominoë à la tête de la Bretagne. Nominoë est le héros breton par excellence, il doit surveiller et contrôler l’église et affirmer son autorité sur le gouvernement de la Bretagne. A l’extérieur, il doit lutter contre les nombreuses incursions des comtes francs voisins, lesquelles entraînent des représailles de chefs bretons. Depuis l’époque romantique, particulièrement ouverte à la « celtomanie » la plus délirante, et notamment à partir du fameux chant intitulé  le Tribut de Nominoë, inséré dans le Barzaz-Breiz (chants mythologiques) d’Hersart de la Villemarqué (Quimperlé, 1815-1895), poème qui est un faux manifeste, il est de bon ton dans les milieux traditionnalistes de considérer Nominoë comme le père fondateur de la nation bretonne et le premier roi de la Bretagne armoricaine. Rien n’est plus inexact, et cette opinion ne résiste pas à l’analyse des faits. Tout au plus peut-on affirmer que Nominoë est devenu le personnage emblématique, cette fois incontestable, de l’identité bretonne.

840: un cavalier apporte une nouvelle qui va transformer l’Europe et sceller le destin de la Bretagne: l’empereur Louis est mort, ses trois fils, Louis, Lothaire et Charles se disputent l’héritage.

843: fin de l'unité de l'Europe

14 février 842: Charles dit le Chauve et Louis dit le Germanique s’allient contre Lothaire: le Serment de Strasbourg, le plus ancien écrit « français », et en août 843, le traité de Verdun divise l’empire en trois royaumes, Lothaire hérite du titre d’empereur. C’en est fini de l’unité de l’Europe. Charles doit guerroyer pour s’imposer, ses principaux soucis sont l’Aquitaine et la Bretagne.

Novembre 845: Charles conduit lui-même une armée qui entre en Bretagne par Redon, voie d’invasion naturelle. Nominoë l’attire dans les zones marécageuses de Ballon (près de Redon), le 22 novembre 845, l’armée franque est vaincue, Charles le Chauve s’enfuit. Nominoë oblige Charles le Chauve à signer la paix et poursuit sa conquête vers l’est, donnant ainsi une identité à la Bretagne. Nominoë a érigé un Etat indépendant et donc mérite bien son titre de « Père de la patrie bretonne ». A partir de lui, toute la politique de ses héritiers va être de défendre cette indépendance. Nominoë meurt à Vendôme, en 851, ce dont Charles le Chauve tente de tirer parti. Mais le fils de Nominoë, Erispoé, entend bien poursuivre l’oeuvre paternelle et son armée écrase une nouvelle fois les Francs. Si les grands ennemis restent les Francs, malgré leur défaire à Jengland (près de Segré), le 22 août 851, d’autres surgissent des brumes nordiques: les Vikings. Massacres, pillages, incendies jalonnent leur passage et bon nombre de villes, bourgs et monastères sont détruits. Des milliers de Bretons prennent alors la fuite privant ainsi leur pays d’une partie de ses cadres.

Erispoé est assassiné par son cousin Salomon (Salaün), qui étend son territoire jusqu’à la Sarthe, la Mayenne et le Contentin. A son tour Salomon périt, victime des membres de sa famille qui se partagent la Bretagne avant de s’entre-déchirer.

charge de Viking en 919

Les Normands (« hommes du nord », appelés Vikings) sont Danois, Norvégiens, ou Suédois, qui se sont déjà livrés à plusieurs incursions, en profitent à partir de 913 , pour envahir et ravager le pays, détruisant notamment l’abbaye de Landévennec. La Bretagne semble abandonnée de tous. Elle est même concédée officiellement par le roi de Francie aux Vikings. Mais tout espoir n’est pas perdu, en 935, Jean, abbé de Landévennec, revient secrètement d’exil et se cache dans les ruine de l’abbaye. Les comtes et ducs de France ont décidé enfin d’unir leurs efforts pour vaincre les Vikings. Les Bretons vont faire de même, et vont chercher un chef reconnu de tous, Alain, fils de Matuédoï, petit-fils d’Alain le Grand. Ainsi débarque, en 936, en Bretagne opprimée, Alain Barbetorte (barbe bouclée) à la tête d’une troupe de fidèles.

Alain Barbetorte, qui s’impose comme duc, fonce et écrase plusieurs troupes normandes à Dol, à Saint-Brieuc, à Plourivo…

En 937, à l’issue d’une bataille d’une extrême violence, il se rend maître de Nantes, centre stratégique de la puissance des Vikings. Le 1er août 939, les Vikings sont battus et leur camp fortifié à Trans (35) est rasé. Le péril normand est définitivement écarté même si quelques raids ont encore lieu ici ou là.

Au delà des massacres et destructions, certains historiens pensent que les Vikings, en supprimant les structures héritées de Rome, ont contribué à créer une Europe moderne. Pour eux, ils ont su élaborer de nouveaux circuits commerciaux et administratifs. En Bretagne, on ne peut que constater leur oeuvre destructrice: villes ruinées, monastères rasés, populations décimées. Si les Bretons ont su se libérer eux-mêmes, leurs institutions celtiques ont subi une atteinte mortelle. La langue bretonne a même commencé à reculer. La Bretagne entre ainsi de plain-pied dans le système féodal. Nantes en est la capitale. La langue bretonne est parlée dans tout l’Ouest, suivant une ligne Dol-Rennes-Saint Nazaire.

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A propos gebete29

golfeur, photographe, randonneur et tireur à la poudre noire, retraité qui sintéresse à l'Histoire de la Bretagne
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