Périple en pays camisard

Depuis Le Pont-de-Montvert, village symbolique de l’histoire des Camisards – puisque c’est là que la guerre  a éclaté -, Stevenson marche dans les pas de Napoléon Peyrat, l’auteur de son livre de chevet: Les Pasteurs du Désert.

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Il raconte la foi enthousiaste des protestants, les prophètes, les assemblées du Désert, l’héroïsme des chefs huguenots et de tous les rebelles de la foi face aux persécutions. Il fait halte à Florac, l’une des capitales du pays camisard avec Alès, longe la Mimente encaissée entre ‘des montagnes rouges » pour gagner Cassagnas, « le coeur du pays », où les rebelles avaient leurs arsenaux.

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Jusqu’au terme de son voyage, la châtaigneraie l’entoure de ses arbres vénérables étagés sur des terrasses « pas plus larges qu’un lit », qui s’effacent aujourd’hui, faute d’entretien. Les Cévennes, ce sont aussi la vigne et les mûriers, les gardons qui dévalent vers le Midi, les beaux hameaux de schiste, tout un pays de serres (crêtes) et de valats (vallées), refuge des persécutés de l’histoire ancienne et contemporaine.

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in Journal de route en Cévennes: Adieu Modestine! Ce ne fut pas avant d’être installé à côté du cocher, et de rouler dans une vallée rocheuse, entre des oliviers nains, que je me rendis compte de mon deuil. J’avais perdu Modestine. Jusqu’à ce moment-là, je croyais que je la détestais; mais maintenant qu’elle est partie, « Oh! quelle différence pour moi ». Pendant douze journées , nous avions été d’intimes compagnons. (…) Passé le premier jour, bien qu’offensé parfois et distant d’allure, j’étais resté patient; et quant à elle, la pauvre, elle en était arrivée à me considérer comme un dieu. Elle aimait manger dans ma main. Elle était patiente, élégante de forme, couleur d’une souris idéale, et petite inimitablement. Ses défauts étaient ceux de sa race et de son sexe; ses vertus lui étaient propres. Adieu, et si c’est pour toujours…

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On est loin des considérations exprimées par les écrivains marcheurs, ces trotteurs qui causent étapes, pluie, soleil, chaussures, chaussettes, logement, bouffe, barda, impedimenta. Même si Jacques Blanc, amiral en seconde section et président de Compostelle 2000, prévient: « On commence randonneur, on finit pèlerin », les méditations de haut vol attendront, Compostelle 2000, c’est au ras des pâquerettes, des conseils pratico-pratiques. Faire son sac, se débrouiller, gérer son linge sale, empiler les étapes sans trop souffrir…

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En 2012, à Saint-Jean-Pied-de-Port – là où se rejoignent les quatre grands chemins hexagonaux -,  François Delrieu, secrétaire de l’association Les amis de Saint-Jacques a recensé 45 700 pèlerins, dont 9 100 Français. Une fréquentation en augmentation régulière. S’ils sont la crème, l’élite du beau mollet, les jacquets représentent une goutte d’eau dans la vague montante des marcheurs et des randonneurs. Tous les syndicats d’initiative, associations, agences de voyage le disent: les Français sont de plus en plus nombreux à prendre leur pied en marchant.

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Les statistiques du ministère des Sports et de la Fédération française de randonnée pédestre (FFRP) confirment cette tendance: 46% des Français de plus de quinze ans pratiqueraient la marche de loisir dont 23 % régulièrement. Loin devant la natation, le vélo, et le jogging. Au total, 6.5 millions de nos concitoyens appartiendraient au club des randonneurs assidus. Pourtant leur profil reste flou.

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Pourquoi avalent-ils les kilomètres sous le crachin ou le cagnard? Que cherchent-ils sur les chemins caillouteux et pentus? « Nous n’avons aucune maîtrise des randonneurs et les études sociologiques les concernant sont encore très rares » déplore la FFRP, puissante fédération riche de ses 220 000 adhérents, des ses 260 topo-guides (350 000 exemplaires vendus par an) et pour laquelle le randonneur reste un  animal secret et solitaire, il fuit les groupes, ne fréquente ses semblables que le soir à l’étape.

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En réalité, le portrait socioculturel des arpenteurs de sentiers a peu varié depuis de rapport sur la pratique de la randonnée pédestre de 2000 par l’Agence française de l’ingénierie touristique. On sait que les femmes sont plus nombreuses à pratiquer la marche de proximité et la balade. Que la randonnée de fond est légèrement plus masculine. Que le gros des bataillons vient des villes de plus de 50 000 habitants et que leur âge va de 35 à 64 ans. Enfin, la marche sur plusieurs jours est un loisir propre aux classes moyennes et supérieures. Si l’équipement en lui-même n’est pas si cher compte tenu de sa durée de vie, partir une semaine, voire beaucoup plus, n’est pas à la portée de toutes les bourses. Nous avons dépensé une moyenne de 700,00 € par personne pour notre périple de 13 jours (52,00 €/j).

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On trouve:

A – les quêteurs spirituels: même si l’extase à la Jean-Jacques Rousseau surgit rarement à la première balise, pour ces mystiques du mollet, le but du voyage c’est avant tout de faire le point, se vider la tête, se retrouver. L’informatique accentue la coupure avec le monde réel; le virtuel ne crée pas de relations directes entre les gens, on a un besoin de recentrage. Aucune persécution de la vie moderne – anxiété de l’avenir, stress au travail – ne résiste à l’escalade d’une côte sévère par 34°C: une approche de la liberté, de la solitude et de la lenteur.

B – les petites pointures: de loin les plus nombreux mais pas les moins sympathiques. Peu équipés, mais pleins de bonne volonté, ces promeneurs du dimanche ou des vacances n’aspirent qu’à prendre du bon temps.

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C – les stakhanovistes: ils vous assomment avec leur palmarès. Gonflent les cuisses en racontant comment ils ont ramé sur le GR 20 (en Corse, le plus dur de France), tourné autour du mont Blanc, relié la Méditerranée aux Alpes avec le GR 5, traversé les Pyrénées, couvert les 56 km de Bourges-Sancerre en une nuit. Tôt ou tard, ces bombeurs de torse se font clouer le bec par un autre rouleur de mécanique qui aura, lui, « fait le chemin » (Saint-Jacques).

D – les hédonistes: loin des têtes brûlées, ils sont de plus en plus nombreux à désirer, le soir venu, retrouver un bon lit, une bonne douche et si possible la télé dans la chambre. En 2012, l’agence de voyages Pèlerine, spécialisée dans la randonnée pédestre, a organisé le gîte, le couvert et le transport de bagages pour 6 000 randonneurs dont une bonne moitié sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. En général, des actifs autour de la cinquantaine ou des retraités au bon pouvoir d’achat. Les gens veulent marcher, mais en alliant la liberté et le confort. Les valises à roulettes dans les gîtes? Ces drôles de marcheurs qui trimbalent avec eux une tenue pour la soirée et un sèche-cheveux ne font pas l’unanimité. Nous ne sommes pas sur la même longueur d’ondes!

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E – les traileurs: out les grosses godasses, le sac de 3 t, l a boussole et les dortoirs! Les traileurs (coureurs de montagne) veulent du dynamique, avec ou sans bâtons, de l’effort, de la vitesse, du défi. Est-ce que marcher à 6 km/h donne le temps de voir les paysages? aujourd’hui, tout devient trail, c’est la magie du marketing! Pour la plus grande joie des fabricants d’équipements, ces « néos », en vêtements fluo, équipés de GPS truffés de relevés d’itinéraires adoptent du matériel très technique, le plus léger possible.

F – les peinards pépères: une bonne petite moitié des marcheurs réguliers ont plus de 50 ans. Les femmes seules sont l’essentiel des troupes.Leur but? Ne pas s’encroûter physiquement et maintenir les contacts sociaux. La randonnée permet les deux!  Diminution des risques cardiovasculaires, reconstitution musculaire, lutte contre le diabète, la marche fait partie de ces activités physiques modérées recommandées. Rien à voir avec la passive tribu des « Tamalou? »…

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A propos gebete29

golfeur, photographe, randonneur et tireur à la poudre noire, retraité qui sintéresse à l'Histoire de la Bretagne
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