Clarifier les concepts

L’Europe militaire.

boeing-2-Quatre phases pour construire une Europe militaire :

1947-1957 : dilemme du réarmement de l’Allemagne de l’Ouest : La guerre froide en prenant le relais de la Seconde guerre mondiale pose la question de l’Allemagne occupée à cheval sur le Centre-Europe. La CED est avancée pour permettre le réarmement de la RFA dans une intégration poussée. Cela pose pourtant de multiples questions à la France à la France confrontée à la décolonisation et à sa relance économique. Dès cette période, le processus de décision militaire collectif est sur la sellette.

1958-1973 : de la guerre froide à la paix chaude, quelle Europe construire ? L’Europe des six cherche d’abord son équilibre militaire à l’abri de l’arsenal nucléaire anglo-américain de l’Otan. Mais la crise de Cuba modifie la donne en relativisant l’engagement américain et en affectant la pertinence de l’Otan. La France prend alors ses distances pour se doter d’une force de frappe et les Européens, bien que divisés entre souverainistes et fédéralistes, renforcent leur coopération économique alors que les Américains commencent leur dialogue de limitation d’armement avec les soviétiques. La stagnation conceptuelle et militaire européenne caractérise cette deuxième période.

1973-1992 : la perspective d’Europe de la défense, l’axe franco-allemand. Cette période est celle du passage des conditions tranchées de la guerre froide au monde postsoviétique effervescent qui prévaut à la fin de celle-ci. Pour surmonter les crises, la détente offre un cadre d’intérêts communs paneuropéen et libère des forces et des ambitions purement européennes dont ‘UEO est le vecteur principal. Si la dynamique franco-allemande prévaut dans la relance européenne et la création de l’union politique, la priorité allemande va à la réunification et la question de la défense européenne bute sur de nombreux obstacles.

1992-2007 : Europe de la défense, la consolidation. C’est après la guerre froide que l’ambition de l’Europe de la défense va progressivement se concrétiser et conduire à un objectif global énoncé en 1999 qui sera partiellement mis en œuvre  entre 2000 et 2004. Des structures, des procédures et des opérations, principalement civilo-militaires, sont alors établies et testées au cours de cette dernière période.

ashton_kerry_ Le paradoxe militaire de l’Europe est qu’on s’y contente d’accommoder les restes militaires de la guerre froide. En la double absence d’une menace militaire mobilisatrice et d’une politique extérieure commune engageante, les armées européennes exécutent des actions expéditionnaires auxquelles elles rechignent et conduisent des programmes hors de leur portée financière. L’Europe de la défense ne peut émerger dans ces conditions. Pour une vraie ambition, il faut à la fois une nouvelle structure et un nouveau cadre. Tel est le paradoxe militaire européen.

En arrêt cardiaque, la défense européenne a besoin d’une défibrillation. Depuis son lancement, le projet de défense européenne a toujours louvoyé entre les concepts, avec un décalage marqué entre les ambitions affichées et les réalisations ? Il résulte un flou préjudiciable. Repartir d’un bon pied suppose d’abord de ne pas se payer de mots, il y a un vrai besoin de clarification des concepts.

Ainsi la notion d’Europe de la défense que les Français affectionnent est un invraisemblable fourre-tout qui permet de présenter ensemble des réalisations dans des domaines très divers (création du corps européen, constitution d’EADS, LOI, opération Ituri, A400M), ressortissant de logiques  hétérodoxes et parfois opposées (pilier européen de l’Otan, Occar, AED). L’expression, sans portée juridique, est intraduisible dans la plupart des autres langues de l’Union. Elle sert à la valorisation des résultats considérés comme positifs par les seules autorités françaises. Elle est, en fait, un cache-misère. Il conviendrait de ne plus utiliser cette formulation qui fait « prendre des vessies pour des lanternes ».

chars américains

L’expression de défense européenne, quoique fréquemment utilisée, ne se retrouve pas en tant que telle dans les textes des traités de l’Union. (Les traités parlent soit de « défense commune », soit après 1997 de « politique européenne de sécurité et de défense » – en abrégé PESD – (Traité d’Amsterdam) soit depuis 20089 de « politique de sécurité et de défense commune » – par acronyme PSDC – (Traité de Lisbonne)). Sa signification est largement oxymorique car la défense européenne n’est pas la défense de l’Europe. La déclaration de Petersberg de 1992 orientait exclusivement la défense européenne vers les missions de maintien et de rétablissement de la paix. Le Traité de Lisbonne de 2009 en étend les finalités aux actions conjointes en matière de désarmement, aux missions de conseil et d’assistance en matière militaire, aux missions de préventions des conflits. Mais il rappelle aussi le rôle indispensable de l’Otan dans la défense collective des Européens en indiquant explicitement que, pour les Etats qui en sont membres, l’Otan reste le fondement de leur défense collective et l’instance de sa mise en œuvre.

L’Europe de la défense est-elle en panne ? (J.-J. Grund in Revue Défense Nationale – été 2013). Assiste-t-on à un essoufflement de l’Europe de la défense ? Est-elle-même en panne ? Ces questions ont fait florès lors de la refonte du Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. Pour autant, en Europe, rares sont ceux qui sont capables de définir exactement le pourtour de ce que pourrait être cette initiative européenne de défense. Chacun y va de sa définition et peu d’entre elles convergent, preuve du manque de consistance de cette notion.

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En stricte référence aux articles du Traité de Lisbonne, l’Europe de la défense a un champ de compétences limité à la gestion des crises à l’extérieur des frontières de l’Union européenne (UE), la défense des Etats membres restant du ressort national ou organisé dans le cadre de l’Otan pour la plupart d’entre eux. L’UE a cherché à renforcer ses capacités de gestion civile et militaire des crises mais les initiatives dans ce domaine se concrétisent difficilement. Existe-t-il donc une atrophie de cette dynamique qui vise à développer les capacités militaires européennes, malgré l’impulsion donnée lors de la présidence française de l’Union en 2008 ? Le faible nombre d’actions extérieures européennes ambitieuses et d’envergure menées depuis lors semble l’attester.

L’Europe de la défense n’est pas en panne. Elle n’est pas encore, tout simplement. Elle n’est qu’un projet ambitieux pour les uns, une illusion pour les autres mais rencontre incontestablement des difficultés à prendre corps. En effet, il n’y a pas à l’heure actuelle de vision stratégique  européenne commune et de volonté partagée de défense au sommet de l’édifice européen, au niveau des chefs d’Etat. Ainsi, les quelques progrès enregistrés dans le domaine sécuritaire, au prix d’efforts diplomatiques importants,  manquent de cohérence d’ensemble. L’Europe de la défense pourrait cependant émerger grâce à une approche lancée par le haut. Cette évolution passe probablement par l’élaboration d’un Livre blanc sur la défense et la sécurité européenne.

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A propos gebete29

golfeur, photographe, randonneur et tireur à la poudre noire, retraité qui sintéresse à l'Histoire de la Bretagne
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