« Mémoires » de ces hommes et femmes réduits en esclavage à Brest

« Mémoires ». La sculpture de la liberté ; Quinze ans de gestation, cinq ans de réalisation… La sculpture dédiée à la mémoire de tous les esclavages est inaugurée le 10 mai 2015 à Brest. Une prouesse artistique, une ambition humaniste. « C’est sûrement la première fois qu’un descendant de planteurs réalise une œuvre contre tous les esclavages passés et actuels, en hommage aux victimes des esclavagistes », s’amuse à répéter Marc Morvan, le sculpteur.

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La sculpture monumentale de 10 m de haut, aux deux masques façonnés dans l’acier, se dresse, tel un amer mémoriel, face à la rade de Brest.

Gigantesque. Monumentale. Immense et métallique. La voilà, à fleur de rade, sur le sentier où se perdent les pas des joggeurs, cette sculpture qui porte les « Mémoires » de ces hommes et femmes réduits en esclavage.

« Cette sculpture, c’est la volonté pédagogique d’éviter que nous ayons à l’avenir des enfants troncs sans racine ni spiritualité. Nous ne cherchons pas la repentance, nous voulons que les jeunes générations regardent l’histoire en face pour mieux construire l’avenir ensemble », émet Max Relouzat, l’initiateur du projet.

Ce monument doit donc servir de moteur pour aller de l’avant et ne pas seulement être pour être et créer le souvenir pour simplement se donner bonne conscience. « Cette sculpture est avant tout un haut lieu de la solidarité, de la fraternité et du vivre ensemble. Il faut qu’elle serve aux générations futures », qu’elle serve aux enfants et aux autres pour la suite des événements.

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L’ouest de la France a commémoré dimanche 10 mai 2015 l’abolition de l’esclavage, Nantes, premier port négrier français, accueillant Angela Davis, la figure du mouvement noir américain et de la lutte pour les droits civiques, alors qu’à Brest une sculpture baptisée «Mémoires» a été inaugurée.

A Nantes, quelque 300 personnes, dont la maire PS de la ville, Johanna Rolland, accompagnée d’Angela Davis, ont jeté des pétales de roses dans la Loire, depuis la passerelle Victor Schœlcher, a constaté un photographe de l’AFP.

Puis la foule s’est dirigée vers le Mémorial de l’abolition de l’esclavage érigé en 2011 sur les bords de la Loire, au cœur de la ville, d’où partaient les expéditions négrières, au nombre de 1.714 pour la seule ville de Nantes, selon le site du Mémorial.

«Aux Etas-Unis, nous n’avons pas encore réussi à établir une journée pour commémorer l’esclavage et son abolition», a déclaré Angela Davis.

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A Brest, c’est une sculpture de dix mètres de haut baptisée «Mémoires» qui a été inaugurée dimanche 10 mai 2015 sur le port, à l’initiative de l’association finistérienne Mémoires des esclavages, a constaté un photographe de l’AFP. L’œuvre en acier, qui représente deux masques, a été érigée avec le soutien de la municipalité de Brest sur le polder, le long d’une promenade, au bord de la rade, non loin du port de plaisance et d’Océanopolis, centre de découverte des océans.

«Mémoires» a été sculptée par l’artiste quimpérois Marc Morvan et imaginée dès 1998 par Max Relouzat, 70 ans, militant associatif et syndical quimpérois, descendant d’esclaves martiniquais.

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Au XVIIIe siècle, des esclaves noirs ont débarqué dans les ports français, notamment à Brest. Annick Le Douget, greffier au tribunal de Quimper, a conçu une exposition en une quinzaine de panneaux retraçant l’histoire de la traite des Noirs et de l’esclavage à travers des cas concrets tel le procès de Jean Mor en 1764 ou le naufrage d’un navire négrier devant l’île de Sein en 1778.

Les seize panneaux de l’exposition :

  1. Nègres esclaves sur le sol breton sous surveillance du procureur du roi de l’amirauté : l’exemple de Brest
  2. Nègres esclaves et nègres libres hors la loi en métropole
  3. Création des dépôts de nègres : exemple du fonctionnement du dépôt de nègres de Brest
  4. Le procès de Jean Mor en 1764
  5. L’esclave Jean Mor à Brest : un crime pour la liberté
  6. Traite négrière en Basse-Bretagne : l’exemple de Morlaix
  7. Naufrage d’un navire négrier, le Duc de Choiseul, à l’île de Sein en 1778
  8. Théophile Marie Laennec contre la traite des Noirs et l’esclavage
  9. Courant de pensées quimpérois sur l’esclavage : le règne des consciences impuissantes ?
  10. Abolition provisoire de l’esclavage pendant la Révolution
  11. La répression de la traite des Noirs au XIXe siècle
  12. Les intellectuels finistériens du XIXe siècle et l’esclavage

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Un collectionneur (le docteur Jules Lhomme) a accumulé dans sa maison de La Rochefoucauld plus de six mille pièces africaines et océaniennes… Il les avait acquises sur les quais des ports de la côte atlantique sans jamais avoir lui-même pris la mer ! Cette collection fait redécouvrir un passé local — et lointain, une histoire qui aurait pu se passer à La Rochelle, à Nantes, à Rennes, à Orléans, à Saint-Nazaire, à Brest, à Cherbourg, à Rouen ou à Saint-Malo, car cette présence des Suds est omniprésente dans tout le Grand-Ouest. Cette histoire est ancienne, notamment à travers le commerce de la traite, les échanges marchands avec les colonies ou les présences de « Noirs » en région.

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Ces trois siècles (XVII, XVIII et XIX èmes siècles) de relations aux outremers souffrent encore d’une difficulté à se fixer dans le présent. La place de l’immigration des Suds, par exemple, a du mal à s’installer dans les histoires locales ou municipales, certaines régions n’ont toujours pas programmé de sauvegarde patrimoniale et archivistique en ce qui concerne ce passé récent et — à l’exception de Nantes et du Havre — très peu d’initiatives de recherche sont soutenues par les édiles locaux.

Nantes était, au XVIIIe siècle, le premier port négrier français. Plus au nord, au sud de la Bretagne, sur Port-Louis, la Compagnie de Madagascar (créée en 1659) ainsi que la Compagnie française des Indes orientales (créée en 1664) ont eu une activité ultramarine sans cesse croissante, contribuant à développer une ville comme L’Orient (aujourd’hui Lorient), aux côtés de ports actifs comme Morlaix, Brest, Nantes, La Rochelle et Saint-Malo. Esclaves noirs, mais aussi « indiens », étaient alors présents sur toute la côte atlantique. Le nombre de « Noirs » arrivés en France au XVIIIe siècle, via les ports de Bayonne au Havre (sur la base du premier recensement entre 1777 et 1782) est de l’ordre de cinq mille à six mille individus (qui ne devaient y séjourner que temporairement), dont un tiers était né en Afrique.

La plupart étaient domestiques ou artisans et, la même année que le recensement, un « dépôt de nègres » sera créé au château de Brest (où sera incarcéré Toussaint Louverture en 1802) et une « Police des Noirs et autres gens de couleur » sera également instituée. À la différence de la législation française, qui depuis l’édit de 1315 interdisait le statut d’esclave sur le sol de France, les grands ports de l’Ouest « ont pu protéger leur droit, même limité, d’introduire des Noirs en France tout en les gardant comme esclaves » ; ce qui n’exclut pas quelques demandes de remises en liberté. Cette présence, réduite par le nombre mais visible dans les grandes cités négrières, et que les autorités tentent de limiter de peur de l’influence de celle-ci (sur les mœurs en métropole et le statut d’esclave aux Antilles), va marquer en profondeur l’histoire du Grand-Ouest.

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Au début du siècle suivant, le XVIIIème,entre les deux abolitions (1793-1848), cette présence va décroître pour quasi disparaître. Par contre, si la traite est illégale, en 1825, un port comme Nantes va encore compter plus d’une cinquantaine de navires armés pour ce trafic, preuve que ce négoce était encore une activité majeure avant un transfert, quasi naturel, vers le commerce colonial comme pour tous les autres ports du Grand-Ouest.

XXème siècle : Ils seront près d’un million d’hommes non-européens à venir en Europe, dont beaucoup arriveront par les ports de la façade atlantique, notamment par Brest qui deviendra la tête de pont des troupes américaines en Europe. En outre, de l’été 1917 à l’automne 1918, près de deux cent mille soldats vont transiter par Saint-Nazaire et Nantes, avant de rejoindre le front Est.

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Si l’année 1917 est celle qui connaît la plus forte présence de travailleurs coloniaux en métropole, le véritable flux migratoire s’installe dès 1915, en particulier pour faire face aux moissons et au manque de bras. Le recrutement des travailleurs s’étend alors à tout l’Empire. L’Algérie fournira durant le conflit quelque cent vingt mille travailleurs et l’Indochine près de cinquante mille hommes. La plupart servent dans les ateliers de l’armée, les triages de chemins de fer, sont manœuvres dans les gares et les ports ou travaillent dans les campagnes. Ils représenteront jusqu’à 7 % de la main-d’œuvre militarisée, et 16 % de la main-d’œuvre civile dans les usines d’armement.

Avec le conflit, va naître de façon massive une immigration coloniale dans le Grand-Ouest. En outre, ces régions, loin du front, sont un espace idéal pour regrouper les hôpitaux et autres infrastructures sanitaires. Dans des villes comme Laval, Angers et Rennes ainsi qu’à Saint-Brieuc, Brest, Quimper, Lorient, Vannes, Nantes, Les Sables-d’Olonne et La Rochelle, de nombreuses installations vont recevoir des milliers de combattants coloniaux à côté des soldats métropolitains blessés ou malades. Au moment où sera créée l’image du « brave tirailleur » Banania30 — sorte de double colonial de Bécassine, allégorie caricaturée des populations bretonnes —, l’image de l’indigène s’installe dans le quotidien des populations du Grand-Ouest.

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Entre les Bretons et Haïti une si longue histoire…

Où s’enracine donc la passion des Bretons pour Haïti ? Leur solidarité face à la misère et aux catastrophes ? Leur appétit pour sa culture exprimée notamment à Étonnants Voyageurs ? Assurément, l’épopée des missionnaires, qui rêvaient d’une « Bretagne noire », y est pour beaucoup. Mais l’histoire commune commence bien avant : la honte négrière pèse peut-être encore, elle aussi…

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480 000 esclaves.

Le premier port négrier français (plus de 1 400 expéditions, 45 % du total) doit à l’Haïti d’aujourd’hui une bonne partie de sa prospérité passée. Saint-Malo (214 expéditions, cinquième port négrier) s’est davantage enrichie par la Course contre les Anglais mais 61 armateurs malouins ont trempé dans la traite négrière (aux deux-tiers vers Saint-Domingue) dont les Meslé de Grandclos, Luc Magon mais aussi le père de Chateaubriand et Surcouf. « Par le biais des mariages, des acquisitions, des investissements, la traite, comme la course et la pêche à la morue, a pratiquement touché toutes les familles malouines ; même si elle n’a pas forcément assuré leur fortune, elle y a participé », note l’historien malouin Alain Roman dans son ouvrage très documenté Saint-Malo au temps des négriers (Editions Khartala)

Dans ces liaisons honteuses avec Haïti, il ne faut pas oublier Lorient (156 expéditions, sixième port négrier), Vannes (douze expéditions) et Brest (huit).

Quoi qu’il en soit, c’est ainsi que des tas de belles demeures, les Folies nantaises ou les malouinières, parlent toujours d’Haïti, nourrissant chez beaucoup un « mélange de nostalgie et de culpabilité ». Mais de nouveaux liens, l’entraide sociale ou culturelle, permettent de dépasser ces sentiments : les « Anneaux de la Mémoire » mènent depuis des années des actions à Haïti et rien ne fait plus plaisir à Jean Breteau que de guider de jeunes Haïtiens devant les Folies nantaises : « Ils comprennent mieux ce qui s’est passé à l’Indépendance ».

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A propos gebete29

golfeur, photographe, randonneur et tireur à la poudre noire, retraité qui sintéresse à l'Histoire de la Bretagne
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