Plounéour-Ménez: le toit du pays.

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Plounéour-Ménez est une commune du département du Finistère qui fait partie du Parc naturel régional d’Armorique. Plounéour-Ménez a été labellisée « Commune du patrimoine rural de Bretagne » en 2015.

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Plounéour-Ménez, le toit du pays. La paroisse appartenait à l’ancien évêché de Léon, mais à la limite des évêchés de Cornouaille et du Trégor (d’où la « légende des trois Évêques ») et se situe dans le massif armoricain et plus précisément dans les Monts d’Arrée. Son territoire est limité au sud par des sommets de l’Arrée (les Roc’h Ruz, Roc’h Tredudon et Roc’h Trevezel qui culminent tous les trois aux environs de 380-385 mètres) qui sont totalement englobés dans la commune car la limite avec les communes voisines de Botmeur et La Feuillée passe au sud des dits sommets ; le Queffleuth, qui prend sa source à proximité de celle de la Penzé (au pied du versant nord du Roc’h Trédudon), traverse les étangs de l’abbaye du Relec et se jette dans la Rivière de Morlaix, sert de limite communale avec Le Cloître-Saint-Thégonnec. Le village est à 250 mètres d’altitude, mais celle-ci s’abaisse jusqu’à 125 mètres dans la partie aval de la vallée du Queffleuth, au nord-est de la commune.

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La région de Plounéour-Ménez et des villages voisins du Léon a connu un âge d’or grâce au commerce du lin du XVIe et XVIIIe siècles, époque des grands commerces entre la Bretagne et l’Angleterre, la Hollande, l’Espagne et l’Amérique latine, via les ports de Morlaix et de Landerneau. Les marchands toiliers constituent alors l’élite sociale de la région : les « julots » (en breton, au pluriel juloded), à l’imitation des marchands hollandais de Morlaix, les « Julius ». Implantés uniquement dans le Léon méridional ou Haut-Léon, proche des monts d’Arrée, cette aristocratie paysanne (on parle parfois de « demi-nobles »), pratiquaient une véritable caste à très forte endogamie et jouèrent un rôle important lors de la « Renaissance bretonne », construisant églises avec un riche mobilier, calvaires et enclos paroissiaux, y compris à Plounéour-Ménez, même si ceux de certaines paroisses voisines sont plus célèbres.009-DSC06206

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Selon P. Hémon, dans un article publié en 1913, « la partie de notre département où les habitants en avaient atteint la plus grande connaissance semble être originairement la plus rapprochée de l’abbaye du Relecq, en Plounéour-Ménez. Les moines étaient très aimés de leurs vassaux, dans les affaires desquels ils se trouvaient immiscés continuellement, attendu que c’était le dernier-né qui jouissait des avantages attachés à la primogéniture ». L’abbé se trouvait donc souvent tuteur de son vassal en bas-âge, et avait pour toute la famille une tendresse vraiment paternelle ».021-DSC06218026-DSC06223

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« Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la toile est la seule activité industrielle de la paroisse. Elle constitue pour l’immense majorité de la population la source d’un revenu d’appoint qui s’ajoute au profit que les habitants de Plounéour-Ménez tirent de leurs terres peu fertiles. Plus largement les activités comme les tanneries, le papier ou encore le tabac sont fréquentes dans le Léon. (…) Ces marchands sont des personnes aisées : la valeur totale des biens inventoriés chez eux représentent au moins le quintuple de ce que possèdent la majorité des habitants de Plounéour-Ménez ; c’est-à-dire au moins 2 000 livres contre 400 livres, au début du XVIIIe siècle. (…) François Croguennec, qui en 1765, se fait construire une imposante demeure à Kergaradec-Bihan (depuis 1857 en Loc-Eguiner-Saint-Thégonnec), le fil et la toile représentent 62 % de la valeur totale des biens inventoriés sur l’exploitation (…) qui porte sur plus de 10 000 livres. »

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Les Juloded construisirent de belles maisons à porche surélevé, dites « maisons anglaises » dont de nombreux exemples sont encore visibles à Plounéour-Ménez : près de la moitié des maisons de juloded qui ont été identifiées dans le Haut-Léon sont situées à Plounéour-Ménez, par exemple dans le village de Kermorvan qui garde la mémoire des familles Madec et Queïnnec, l’ascension sociale de cette dernière étant symbolisée par l’élection d’un de ses membres, Jacques Queinnec, comme député de la Convention. Certains Juloded étaient beaucoup plus aisés que la plèbe nobiliaire locale : en 1736, la maison de René Léon à Penher en Plounéour-Ménez dispose d’une surface habitable d’environ 300 m², soit plus que celle de nombreux manoirs. D’ailleurs certaines maisons de Juloded sont dénommées manoirs.027-DSC06224

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Ils construisirent aussi, implantés généralement à proximité d’un cours d’eau mais à l’écart des habitations en raison des odeurs, des kanndi ou « maisons à buée », avec une cheminée à l’un des pignons, une ou deux portes et parfois des fenêtres, consacrés au rouissage du lin. Celui-ci, placé dans un douet où les fibres de lin étaient mélangées à de la cendre, était foulé dans d’immenses auges en granite (cuve de buanderie) disposées le plus souvent à l’autre pignon, près de la cheminée indispensable pour chauffer l’eau. On en voit encore quelques-uns dans la campagne plounéourienne, au village de Resloas par exemple qui en comptait trois au début du XIXe siècle. Près de 230 kanndi dont des traces subsistent ont été recensés sur les trois communes de Plounéour-Ménez, Commana et Sizun. Cette activité s’effondra lors des guerres de la Révolution française et de l’Empire, en partie à cause du Blocus continental.024-DSC06221

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Alimenté par l’eau d’une source, un douet servait à rincer le fil. Les dalles de schiste appelées « repamoirs » permettaient de reposer les écheveaux. Après une journée passée dans le kanndi, le fil était rapporté près de la maison. Il y était étendu sur le courtil et le soleil poursuivait le blanchissement durant 15 jours. Le cycle était répété de 6 à 9 fois et il fallait plusieurs mois avant d’obtenir un blanchissement correct. Un kanndi pouvait ainsi blanchir chaque année assez de fil pour fabriquer une centaine de toiles d’environ 120 m de long et de 0,90 m de large.

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Cet habitat contraste avec celui, beaucoup plus modeste, des paysans ordinaires qui vivaient souvent dans des longères caractérisées par l’habitat mixte (cohabitation des hommes et du bétail sous un même toit, parfois dans une même pièce) et de petites fenêtres, qui fut majoritaire du Moyen Âge au XIXe siècle. Des logis indépendants, avec séparation des habitats des hommes et des animaux, apparurent progressivement à partir du XVIIe siècle, d’abord chez la paysannerie aisée avant de se généraliser progressivement dans la seconde moitié du XIXe siècle, avec même parfois l’ajout d’un étage. Des maisons à avancées (en breton apotheiz) sont aussi apparues, comme dans le nord de la Cornouaille voisine.056-DSC06253

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Les juloded dominaient le « corps politique » de la paroisse : en 1700, le greffier de la fabrique de Plounéour-Ménez se plaint qu’il est « difficile de trouver tous les douze [membres] ensemble pour délibérer à cause des voyages qu’ils font fréquemment au sujet de leur commerce ». Plusieurs Juloded semblent avoir eu à domicile des « prêtres habitués », c’est-à-dire à leur service et résidant chez eux, par exemple à Plounéour-Ménez chez Anne Pouliquen à Kermorvan et chez Guillaume Nicolas à Lesménez.

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Patrimoine naturel :

Les sommets des monts d’Arrée : Roc’h Ruz, Roc’h Tredudon (à son sommet se trouve un émetteur TDF), Roc’h Trevezel.

Les ardoisières (siuées sur le versant nord des monts d’Arrée).

La tourbière du Diry, en amont du bassin-versant du Queffleuth, au sud de l’abbaye du Relec, est zone Natura 2000 et classé ZNIEFF (Zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique).

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Monuments :

L’église Saint-Yves et la croix de l’ancien cimetière.

Le calvaire devant l’église Saint-Yves.

Statue et inscriptions, porche de l’église Saint-Yves

L’ Abbaye du Relec et le village du Relec, site classé.

Émetteur de Roc’h Trédudon

L’Église Saint-Yves de Plounéour-Ménez, construite entre 1649 et 1684 Le portail de l’enclos paroissial date du XVIIe siècle et le calvaire qui y est situé de 1540. Le clocher-porche date de 16518, le porche étant à étage (rare).070-DSC06267071-DSC06268073-DSC06270

Le Manoir de Penhoat et son allée : (XVIe et XVIIe siècles), site classé, propriété privée. Ses origines remontent à la fin du XVe siècle, mais la majeure partie des bâtiments remontent pour partie au XVIIe siècle, pour le reste du XIXe siècle. Le parc, aménagé à partir de 1865, contient des espèces végétales rares et figure depuis 1992 dans le pré-inventaire des jardins remarquables du Finistère. Le manoir, ses abords et l’allée de hêtres sont site classé depuis l’arrêté du 14 mars 1946.076-DSC06273

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A propos gebete29

golfeur, photographe, randonneur et tireur à la poudre noire, retraité qui sintéresse à l'Histoire de la Bretagne
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